Les lapins, famille des Lagomorphes, herbivores stricts, possèdent une dentition très particulière adaptées à leur régime alimentaire.

La denture du Lapin :

Elle comprend 28 dents :

6 Incisives : Au niveau supérieur, ancrées dans l’os maxillaire et incisif : 2 incisives principales (et 2 incisives vestigiales atrophiées ). Au niveau inférieur, dans l’os mandibulaire, 2 incisives inférieures, une droite et une gauche.

12 prémolaires et 10 molaires : au total réparties à l’arrière de la bouche

Shémas Dr JF Quinton

Cette dentition est adaptée au régime alimentaire strictement herbivore. J’aime bien affirmer que les lapins sont des petites « vaches » : ce sont des animaux ayant la particularité remarquable de pouvoir digérer efficacement la cellulose, composant essentiel des herbacées et végétaux ligneux. Leur système masticatoire ( denture, mâchoires ) est un formidable outil pour broyer les végétaux et notamment les graminées ( herbes ). Cette bouillie végétale arrivent ensuite dans le tube digestif avec une zone particulièrement dilatée au niveau du caecum, véritable cuve à fermentation activant la digestion – similaire aux « estomacs complexes » des ruminants ( Rumen -réseau-feuillet-Caillette ). Chez les lagomorphes, à la place d’un phénomène de rumination ( régurgitation des aliments du Rumen pour une deuxième phase de mastication ), il existe un deuxième passage digestif : ils ingèrent les caecotrophes, « première petites selles molles » produites la nuit et ré-avalées pour un deuxième passage assurant un complément de digestion et d’apport nutritif.

Les herbivores, du fait de leur régime végétal particulier, doivent donc mastiquer et broyer de façon intense les végétaux qu’ils mangent pour assurer leur digestion ultérieure. La teneur élevée en cellulose, en silice des végétaux herbacées nécessite une denture spéciale. Il faut tout d’abord un système de préhension efficace : chez les ruminants, la langue très musclée, les lèvres charnues, et les incisives inférieures permettent d’arracher l’herbe. Chez les lagomorphes, ce sont les incisives qui sont particulièrement utilisées comme de vrais couteaux pour sectionner l’herbe. Ensuite c’est aux dents postérieures, molaires et prémolaires d’assurer le broyage : ce sont plusieurs dents puissantes avec des surfaces de contacts étendues, véritables meules, qui écrasent les végétaux. Chez les ruminants, les mouvements de broyage se font en rotation et latéralement, chez les lagomorphes les mouvements de mâchoires sont essentiellement d’avant en arrière.

Le fait de mâcher continuellement de grande quantité de végétaux, souvent durs, solides et ligneux, cela engendre une usure rapide des tables dentaires. Aussi, l’évolution a doté les herbivores de dents à croissance continue – on parle d’espèce hypsodontes. La poussée dentaire est permanente, avec fabrication d’émail et de dentine en permanence de façon à obtenir une surface de broyage dentaire optimale et continue. Les dents poussent au fur et à mesure qu’elles s’usent.

Cette adaptation particulière a un inconvénient : pour assurer une croissance continue, le système d’attachement alvéolaire, de la dent à l’os, est limité et peu développé pour rester mobile. Il s’ensuit une certaine fragilité du maintien dentaire, et une possibilité de mouvement et de malposition dentaire, en cas de défaut de l’occlusion.

Les pathologies dentaires sont très nombreuses chez les lapins, du fait de toutes ces particularités. Nous pouvons même affirmer que la dentisterie est l’activité médico-chirurgicale numéro 1 en pratique vétérinaire chez le lapin.

Une des causes principales est simplement le non-respect et l’inadéquation du régime alimentaire. Nous l’avons évoqué, le régime doit être riche en fibres cellulosiques, herbivore. Attention ne pas confondre régime végétarien ( absence de produits carnés, fruits légumes graines végétaux ) et celui herbivore : végétaux herbacés : graminées, herbes, légumineuses … Une des causes principales est simplement le non-respect et l’inadéquation du régime alimentaire.

L’alimentation du Lapin c’est 80% d’herbe, fraiche ou séchée ( foin) et quelques granulés de légumineuses apportant des protéines végétales et un complément minéral-vitaminé. Très peu de légumes, fruits, pour simplifier un lapin ne doit manger que de la Verdure, que des aliments Verts.

Les dents, à croissance continue, qui ne subissent pas un phénomène d’usure normal, par le broyage et la mastication quotidienne soutenue, poussent de façon anormale. Soit la couronne pousse trop à l’extérieur, c’est le cas des incisives ( cf photo précédente ), soit elle se dévie dans la bouche, et vient blesser la langue ou l’intérieur de la joue, c’est le cas des prémolaires et molaires. Parfois et même de façon simultanée, la dent ne pouvant pousser, car étant située en opposition à la dent sous/sus-jacente, c’est donc la racine dentaire qui prend de la longueur et vient croître dans l’os alvéolaire, détruisant celui-ci. La dent s’enracine dans l’os mandibulaire ou maxillaire, voir dans les sinus. Cela génère des abcès osseux compliqués à gérer, des sinusites, des affections orbitaires ( oeil, orbites et canaux lacrymaux pathologiques ), des otites etc … La majorité des affections ORL, maxillo-faciales chez le lapin sont d’origine dentaire.

Volumineux abcès sous mandibulaire secondaire à une infection des molaires inférieures : le traitement chirurgical va consister à ouvrir, drainer l’abcès? Il faudra aussi identifier la – les dents en causes – et les extraire.

Intervention chirurgicale – Dentisterie du lapin :

Parallèlement aux affections secondaires, une prise en charge médicale et chirurgicale des abcès ou autres affections concomitantes est bien sûr effectuée.

Pour simplifier, on réalise 2 types d’actes de dentisterie :

1: Le fraisage dentaire : on réduit la taille des dents, on élimine des défauts, spicules et déformations, on ajuste la table dentaire pour obtenir une occlusion satisfaisante. Cela s’effectue au moteur dentaire avec un contre-angle ou une pièce à main droite, des fraises-boules ou droite diamantées.

2 : L’extraction dentaire : toutes les dents du lapin peuvent être extraites, mais pas sur le même individu évidemment ! : les incisives peuvent être retirées, de façon définitive, lors de malocclusion récurrente, que l’on arrive pas à rattraper avec plusieurs fraisages dentaires. Les molaires et prémolaires sont plus difficiles à extraire, l’accès dans la cavité buccal du lapin est restreint. Elles doivent pourtant être extraites de façon correcte lors d’abcès générés par un trouble de leur croissance osseuse.

Le Matériel nécessaire :

ANESTHESIE GENERALE :

Avec ou sans une légère induction injectable ( tranquilisants, myorelaxants, analgésiques … ) l’idéal est d’utiliser une anesthésie gazeuse halogénée, plus sécurisée, avec délivrance d’oxygène. On utilise un masque de petite taille car l’intubation du lapin est compliqué, voir dangereuse.

Anesthésie gazeuse au masque chez le lapin : l’induction est réalisé en inhalant de l’isoflurane, gaz anesthésique halogéné utilisé communément chez toutes les espèces. Une légère sédation injectable peut être réalisée en pré-médication. Pour intervenir sur la cavité buccale, on réduira ensuite la taille du masque pour recouvrir juste la truffe et les narines.

Installation pour les soins dentaires chez le lapin : Une Assistante s’occupe de l’anesthésie, elle maintient le masque respiratoire et surveille l’anesthésie. Le praticien s’occupe des soins de dentisterie. Il travaille avec un moteur dentaire, ici à air comprimé.

Nous n’avons pas parlé de l’intérêt de l’imagerie. La radiographie du crâne est souvent une aide précieuse pour bien visualiser les dents et la position des racines dentaires et leur rapport avec les structures osseuses adjacentes. Cela nous aiguille pour le diagnostic et oriente notre geste chirurgical. Sur cette image, on voit la longueur excessive des racines des molaires, qui perforent l’os alvéolaire mandibulaire et maxillaire, ce qui va générer des douleurs fortes et ensuite la formation d’abcès.

Instruments de dentisterie : écarteurs dentaires, labiaux, lingual, pièce à main droite sur moteur rotatif dentaire à air comprimé.

Lampe – Loupe pour améliorer la visualisation – Des lunettes-loupes peuvent aussi être utiles, un simple lampe frontale aussi.

Pièce à main sur Moteur + Fraise ‘Lime diamantée « 

Contre angle sur moteur + Fraise « Boule « 

Fraisage des Tables dentaires des Molaires et prémolaires

Vision et accès à la Cavité buccale : Incisives et langue au premier plan, palais et molaire plus en arrière.

Spicule dentaire sur une Molaire : la dent n’est plus verticale, elle pousse en biais vers la langue : cela génère douleur puis blessure sur la langue.




Plaie linguale générée par la Spicule.

Sur cette photo nous avons déjà fraisé une bonne partie de la dent et de sa spicule.

Un cercle vicieux s’est installé : plus la douleur s’installe, moins la dent est utilisée, moins la mastication est efficace, moins les dents s’usent, plus la maladie se développe.

Importance de la prévention en soins dentaires du lapin

La prévention constitue un aspect essentiel dans la santé bucco-dentaire du lapin. Il est vivement recommandé d’intervenir dès que possible, idéalement avant l’apparition de complications telles que la formation d’abcès. La détection précoce permet de préserver la qualité de vie de l’animal et d’éviter des traitements plus invasifs.

Signes précoces d’alerte

Les premiers symptômes indiquant une problématique dentaire chez le lapin sont variés et doivent être pris au sérieux :

  • Baisse d’appétit : Le lapin montre une diminution ou une perte totale de son intérêt pour la nourriture.
  • Difficulté à manger certains aliments : En particulier pour les végétaux fibreux comme l’herbe ou le foin.
  • Salivation anormale : Avec des souillures visibles autour de la bouche, sur le cou ou les pattes avant.

Ces signes traduisent généralement une douleur bucco-dentaire et nécessitent une consultation vétérinaire rapide pour évaluer l’état dentaire et instaurer un traitement adapté.

Voici un petit résumé simplifié de la dentisterie chez le lapin. Cela nécessite un peu de matériel spécialisé – notamment un moteur chirurgical de dentisterie – et un peu de pratique, mais rien de très compliqué. La radiographie est un outil utile pour visualiser les os et les dents, leur position et les rapports avec la structure osseuse du crâne – à utiliser avant le recours au scanner – beaucoup plus onéreux.

La gestion des complications et notamment des abcès est par contre beaucoup plus complexe ; dans certains cas, l’infection s’est propagée et atteint profondément les tissus environnant et notamment le tissu osseux. ces cas d’ostéomyélite sont complexe et long à traiter, voir parfois incurable, le traitement ne fait que stabiliser l’infection, il doit être renouvelé et adapté dans le temps. Les abcès mandibulaires sont les plus simples à prendre en charge, par contre lorsque les problèmes touchent les dents supérieures, on peut observer des infections plus complexes : dacryo-cystites = infection des voies lacrymales avec répercussion sur les conjonctives oculaires / abcès profond orbitaires / infection profonde de l’oreille avec otite moyenne et interne.

Pour finir, nous préciserons – et c’est une généralité en médecine – qu’il faut mieux prévenir que guérir. La dentisterie doit être effectuée précocement avant l’apparition de complications. Il est aussi primordial de respecter les consignes diététiques pour éviter les troubles dentaires. Consultez votre vétérinaire, au moins une fois par an pour faire un bilan général de santé de votre animal et recueillir les conseils nécessaires pour son bien-être.

Dr Martin DUBOIS DMV – CES Ophtalmologie Vétérinaire –

Médecine et Chirurgie des Animaux de Compagnie – Clinique Vétérinaire de la Montagne Verte – STRASBOURG – Décembre 2025